Sexualité et accidents vasculaires cérébraux (AVC).

En ligne : 7 mai 2010 par Soulier B.

2001

Sexualité et accidents vasculaires cérébraux (AVC)

Texte(s) extrait(s) de : Un amour comme tant d’autres ? Handicaps moteurs et sexualité. Dr B. Soulier. Ed. APF 2001,Chapitre XIV : Questions spécifiques à certains handicaps

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1. Bilan des troubles rencontrés - leur impact sur la sexualité 2. Le retentissement dans la vie affective du couple 3. La peur d’un nouvel AVC - la culpabilité 4. Le corps modifié Diminution ou perte de la sensibilité L’image du corps Prise en charge thérapeutique

1. BILAN DES TROUBLES RENCONTRES – leur impact sur la sexualité

L’hémiplégie est la séquelle la plus fréquente de l’accident cardio-vasculaire (AVC). C’est un déficit moteur mais elle peut s’associer à des déficits des fonctions cognitives et viscérales, à des troubles psychologiques dont la dépression, à de l’algoneurodystrophie, à des troubles sphinctériens urinaires et recto-anaux, ainsi que des troubles sexuels. Parmi les personnes atteintes d’un AVC, le nombre de celles ayant un trouble sexuel varie de 16 % à 75 % selon les études. Ces disparités sont dues à plusieurs facteurs (M. Perrigot et al., 1996) : selon les études, sont acceptés ou éliminés les hémiplégiques avec syndromes dépressifs et ceux avec hypertension recevant un traitement hypotenseur. Pourtant, ces deux paramètres peuvent être eux-mêmes responsables de troubles de la sexualité. D’autre part, le moment de l’évolution où les patients sont examinés influe sur les résultats de l’examen. Les troubles sexuels sont d’autant plus fréquents et sévères que le déficit moteur et la dépendance pour les actes de la vie courante sont importants. Ils augmentent lors de troubles cognitifs ou de troubles de l’humeur. Les difficultés sexuelles et mictionnelles régressent en deux ou trois ans, dans la moitié des cas, parallèlement aux progrès fonctionnels, aux progrès dans la qualité de vie personnelle, familiale et sociale et seraient davantage fonction de ces facteurs que de la guérison de troubles spécifiques à la sexualité. Plusieurs auteurs ont tenté de chiffrer certains paramètres relatifs à la sexualité de personnes atteintes d’AVC. Cependant il faut toujours garder en mémoire la fragilité de ces chiffres qui se veulent le reflet de sensations subjectives et difficiles à exprimer. On ne peut prédire le retentissement dans le couple, chacun étant différent, chaque couple ayant un mode de fonctionnement à lui. Trop de facteurs entrent alors en jeu, et personne ne peut savoir la capacité du couple à gérer ses difficultés. Les auteurs retrouvent :
- des troubles de l’érection dans 66 % des cas ), troubles dont le caractère organique a été démontré, ainsi que des troubles de l’éjaculation dans 63 % des cas (M. Perrigot et al., 1988) ;
- une altération de la qualité de l’orgasme chez la femme dans 81 % des cas (F. Bohle et O. Franck, 1982) ;
- une réduction de la fréquence des rapports sexuels dans 67 à 75 % des cas pour H. B. Coslett et K. M. Heilman (1986) et dans 50 % des cas pour M. Chatain et al., (1996) ;
- des troubles du désir sexuel dans 55 % des cas pour les deux sexes (M. Perrigot et al., 1988).

L.M. Binder (1984) et M.L. Niemi et al. (1988) notent l’importance de la fragilité émotionnelle de ces patients, la fréquence de l’anxiété et de la dépression qui favorisent la faillite narcissique et n’aident pas à la communication au sein du couple. L’anxiété et la dépression sont secondaires à l’accident vasculaire et à la dépendance qui en découle mais elles sont aussi provoquées par l’atteinte cérébrale, organique. L’atteinte de l’hémisphère gauche provoque davantage de dépressions (très fréquente pendant 2 ans après l’AVC) qui, de même que les autres atteintes, s’amenuisent avec le temps. La dépression, chez n’importe quel individu, diminue le désir sexuel et peut même l’éteindre. On comprend facilement que ces personnes atteintes d’AVC et leur conjoint puissent avoir besoin d’explication médicale et physiologique de la part des soignants pour comprendre ce qui leur arrive concernant leur vie sexuelle et affective. Sjögren et al. écrivent déjà en 1983 que les couples seraient favorables à la mise en place d’un “conseil sexuel” dans le service lui-même. Il est évident que la présence d’un sexologue serait nécessaire afin de ne pas laisser les couples désemparés. Il semble qu’il n’y ait pas de corrélation entre la latéralité de l’AVC (côté droit ou gauche du cerveau qui est détruit), et les troubles sexuels. Souvent, quand le cerveau droit est atteint, la personne ne peut plus imaginer comment elle agissait lors des rapports sexuels avant l’AVC. Elle peut aussi avoir des troubles du jugement, de l’attention et du sens de l’organisation. L’atteinte du cerveau gauche est plus généralement associée à une dépression. Mais “il reste impossible d’affirmer l’existence de centres spécifiques du contrôle encéphalique génito-sexuel” (M. Perrigot et al., 1996). Les médicaments peuvent avoir un effet secondaire sur la sexualité. Après un AVC, un traitement est instauré. Malheureusement, il a fréquemment des effets secondaires sur le fonctionnement sexuel. La majorité des antidépresseurs dont les tricycliques, les neuroleptiques, les bétabloquants contribuent à provoquer des troubles sexuels reconnus, tels que la diminution ou la perte du désir, l’impuissance, le retard à l’éjaculation. 2. LE RETENTISSEMENT DANS LA VIE AFFECTIVE DU COUPLE

“Il apparaît clairement une relation entre la persistance de troubles génitaux sexuels interdisant la reprise des rapports sexuels et la présence de troubles psychiques et/ou de difficultés dans la vie de couple. L’attitude du partenaire peut être déterminante dans la genèse des troubles sexuels, car elle peut conforter le patient hémiplégique dans l’idée qu’il n’est plus attractif, qu’il est devenu un “handicapé”. La diminution de la communication verbale et non verbale contribue à cette stigmatisation” (M. Perrigot et al., 1996). “La cessation de toute activité sexuelle est survenue pour six patients (20 %). Pour les autres les rapports ont repris dans un délai de deux à six mois, souvent retardé par les réticences du partenaire” (M. Chatain et al., 1996). Après l’interruption initiale des rapports sexuels lors de l’accident vasculaire cérébral (AVC), le couple peut perdre l’habitude de faire l’amour ou peut faire lit et chambre à part pour le respect du sommeil de l’un, ce qui ne facilite pas le désir ni la reprise des relations sexuelles. On observe une régression des troubles avec la reprise de l’autonomie, et l’importance des facteurs sociaux, familiaux et de l’équilibre du couple. Le thème de la sexualité n’est pas facilement abordé par certains. Ici on s’adresse à des personnes qui ont souvent entre 50 et 80 ans. L’éducation à cette époque ne favorisait pas la verbalisation de la sexualité, du désir ou des difficultés. Cependant ces personnes sont souvent prêtes à vouloir comprendre ce qui se passe et à désirer améliorer ou retrouver une bonne entente dans leur couple. Un sexologue peut simplement les aider à verbaliser puis à étudier une stratégie pour améliorer à la fois leur vie sexuelle mais aussi leur vie relationnelle dans leur couple. Même au-delà de 50 ans la sexualité compte, même si globalement les relations sont moins fréquentes que chez ceux de 25 ans, le désir persiste et les relations sexuelles sont satisfaisantes. Une perte de l’érection chez un homme de 70 ans ou l’absence de sensation clitoridienne chez une femme du même âge sont vécus avec une grande humiliation et une importante perte de l’estime de soi. Et vivre à deux en harmonie est toujours aussi important, quel que soit l’âge. Aussi le corps médical ne doit pas négliger de prendre en considération les troubles sexuels des personnes atteintes d’AVC (ou de parkinson ou de polyarthrite rhumatoïde…) sous prétexte que ces personnes sont âgées. Construire une vie à deux peut se faire à tout âge. L’exemple est apporté par ces mariages réalisés à 80 ans. Une thérapie individuelle ou de couple peut être entreprise, afin de pallier aux difficultés sexuelles et relationnelles au sein du couple à tout âge.

3. LA PEUR D’UN NOUVEL AVC - LA CULPABILITE

“Monga et al., (1986), attribuent en partie les troubles sexuels à la peur qu’aurait le patient d’être victime d’un autre accident vasculaire cérébral pendant un rapport sexuel : cette idée n’est sûrement pas à négliger, surtout chez les sujets ayant déjà présenté une hémorragie cérébro-méningée au cours ou après un rapport sexuel” (M. Perrigot et al., 1996). Tous les conseils médicaux s’adressant à une personne dans les suites d’un AVC vont être restrictifs, et pratiquement toujours vécus comme culpabilisants. Ils ne doivent plus boire d’alcool ou si peu, faire attention à leur alimentation, plus de gras, de charcuterie, de repas de fêtes, plus de cigarette, même pas à la fin du repas, le repos leur est conseillé. C’est à cause de tous ces excès que c’est arrivé et ils ne peuvent plus rien faire, ce qui est difficile à accepter et marginalise par rapport à la vie en société. Certains se considèrent comme une moitié d’homme ou de femme. C’est une image qu’ils mettent en avant, en montrant leur hémicorps qui ne fonctionne plus.

4. LE CORPS MODIFIE

Diminution ou perte de la sensibilité La paralysie d’un hémicorps entraîne des troubles ou une perte de la sensibilité de toute la partie de corps paralysée qui comprend donc les organes génitaux, les systèmes vésico et recto-sphinctériens. C’est pourquoi la personne peut avoir une perte de la sensibilité de toute la partie droite ou gauche de leurs organes sexuels. Comme la limite n’est jamais parfaitement définie, il n’y a pas une ligne précise de séparation gauche et droite, aussi la personne peut avoir l’impression d’avoir totalement perdu la sensibilité des organes génitaux ou avoir une sensibilité émoussée. La récupération de la sensibilité des organes génitaux peut se faire au fur et à mesure de la récupération de l’hémiplégie. Donc on veillera à toujours laisser agir le facteur temps avant de considérer les lésions comme définitives.

L’image du corps “Après l’hémiplégie, la voix change, le regard aussi du fait de la paralysie faciale. De plus, l’image est brutalement désaxée par une dissymétrie (ne serait-ce que de la face). Tout ceci met à mal prestance et séduction […]. C’est alors le réel du corps, son poids, son encombrement, la raideur des membres, ses douleurs, ses mouvements involontaires, qui se manifeste. C’est ainsi qu’on apprend souvent que le couple fait chambre à part depuis l’accident vasculaire cérébral parce que… le malade a besoin d’un grand lit pour lui seul, il prend toute la place, il a du mal à se retourner” (M. Perrigot et al., 1996).

Prise en charge thérapeutique Elle est très similaire à celle des personnes paraplégiques en ce qui concerne la sexualité (cf. Aimer au-delà du handicap (B. Soulier) :
- pour la période de deuil du corps antérieur ;
- pour la nouvelle image de soi à intégrer ;
- pour la perte de l’estime de soi, de la confiance en soi et l’atteinte de l’amour propre ; le changement professionnel et/ou social souvent engendré ;
- pour les raideurs musculaires et les spasmes des membres paralysés ; les troubles de la sensibilité de la zone génitale, vésico-sphinctérienne et recto-anale ;
- pour la peur de l’échec de la relation sexuelle ;
- pour la thérapie sexuelle ;
- enfin pour le fait que le conjoint doit rester dans son rôle de conjoint et éviter au maximum de jouer le rôle de soignant auprès de son (sa) partenaire. Les personnes atteintes d’un AVC peuvent aussi avoir spécifiquement des troubles de la vision, des problèmes d’équilibre, de fatigue, des dépressions qu’il faudra prendre en compte. Tout ceci contribue à provoquer un changement dans l’expression de la sexualité. Il faudra sortir des rôles imposés par la société ou par les anciennes habitudes, avec davantage de gestes tendres, des échanges qui érotisent l’ensemble du corps. S’adapter à une perte de sensibilité génitale nécessite de découvrir une autre façon de toucher, d’approcher l’autre et de l’éveiller au plaisir. Le déficit physique va inciter à trouver des positions plus confortables et adaptées. C’est par une réflexion sur la sexualité, par l’acquisition de nouvelles façons de faire, en apprenant à mieux communiquer et à gérer les difficultés que la personne hémiplégique, de même que celle paraplégique, pourra à nouveau s’épanouir dans sa vie sexuelle.


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